Économie d'énergie

Quel est le rendement d'une pompe à chaleur air-eau ?

COP, SCOP, efficacité saisonnière : les valeurs réelles d'une pompe à chaleur air-eau, ce qui fait chuter le rendement et comment vérifier un devis de pose.

Par Mis à jour le 12 min de lecture

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Quel est le rendement d'une pompe à chaleur air-eau ?
L’essentiel : Une pompe à chaleur air-eau restitue en moyenne 3 à 4,5 kWh de chaleur par kWh d’électricité consommé, soit un rendement apparent de 300 à 450 %. La valeur utile n’est pas le COP affiché en vitrine mais le SCOP, mesuré sur une saison complète selon la norme EN 14825, et il s’effondre dès que la température de départ d’eau dépasse 45 à 50 °C. Comptez 10 000 à 18 000 € posés pour une maison individuelle, radiateurs existants conservés.

Le devis annonce un COP de 4,8, la brochure parle de 5,1, et le voisin qui a fait poser la même machine l’an dernier vous dit qu’il consomme bien plus que prévu. Ces chiffres ne mentent pas, mais ils sont mesurés dans des conditions précises : une température d’air extérieur donnée, une température d’eau donnée, en laboratoire. Sur votre chantier, avec vos radiateurs existants et vos hivers, la performance réelle se situe ailleurs.

L’écart entre le catalogue et la facture s’explique, et il se calcule. Vous pouvez relire une fiche technique en sachant lequel des trois indicateurs normalisés vous concerne, estimer votre consommation annuelle à partir du SCOP, et repérer dans un devis les points qui feront chuter le rendement une fois la machine en route.

Entre 300 et 450 % : ce que restitue vraiment une PAC air-eau

Une pompe à chaleur air-eau correctement dimensionnée restitue 3 à 4,5 kWh de chaleur par kWh d’électricité consommé. En pourcentage, cela donne un rendement apparent de 300 à 450 %. Les modèles haut de gamme annoncent un COP de 5, mais ce chiffre est mesuré à 7 °C extérieur avec une eau à 35 °C, conditions rarement réunies en plein hiver.

Installation d’une pompe à chaleur air/eau : unité extérieure, module hydraulique et émetteurs
Schéma de principe d’une pompe à chaleur air/eau. L’unité extérieure capte les calories de l’air, le module hydraulique chauffe l’eau du circuit, qui alimente les radiateurs et le plancher chauffant (départ en orange, retour en marine), et le cas échéant un ballon d’eau chaude.

Le chiffre à retenir pour juger une installation réelle est le SCOP, la moyenne saisonnière : comptez 3 à 4,5 sur un plancher chauffant, et plutôt 2,5 à 3,5 sur des radiateurs haute température qui exigent une eau à 55 ou 65 °C. L’écart entre ces deux cas de figure vient presque entièrement de la température de départ d’eau, pas de la qualité de la machine.

Pourquoi un rendement supérieur à 100 % n’a rien d’anormal

Une chaudière brûle un combustible et en récupère au mieux 95 % de l’énergie contenue. La pompe à chaleur ne fabrique pas de chaleur : elle la déplace. L’électricité sert uniquement à faire tourner le compresseur et les ventilateurs, pendant que le fluide frigorigène prélève des calories dans l’air extérieur, y compris à 0 °C.

Le mot « rendement » est donc impropre au sens thermodynamique. On parle de coefficient de performance, et l’énergie prélevée dans l’air, gratuite, explique le ratio.

COP, SCOP, ηs : quel chiffre regarder sur une fiche technique

Ces trois sigles ne mesurent pas la même chose, et un devis les mélange souvent.

Le COP est un rendement instantané, mesuré en laboratoire selon la norme EN 14511, à un point de fonctionnement précis. Le plus affiché est A7/W35 : air extérieur à 7 °C, eau de départ à 35 °C. Changez ce point et le chiffre s’effondre : le même appareil annoncé à 4,8 en A7/W35 tombe souvent sous 2,5 en A-7/W55. Un COP sans régime de température associé ne veut rien dire.

Le SCOP est saisonnier, calculé selon l’EN 14825 sur une saison de chauffe entière, pour l’une des trois zones climatiques européennes. Pour la France, la référence est le climat moyen (Strasbourg). Vérifiez que le SCOP annoncé ne provienne pas de la zone « climat plus chaud ».

Le ηs (eta s), ou efficacité énergétique saisonnière, est la donnée réglementée. Le règlement européen 813/2013 l’impose sur la fiche produit et sur l’étiquette ErP, en pourcentage : il dérive du SCOP en tenant compte des consommations auxiliaires et de la régulation. C’est ce chiffre qui sert de référence aux critères d’éligibilité aux aides (126 % en basse température, 111 % en moyenne et haute température).

Exigez donc le ηs et le régime de température retenu. Le reste relève de l’argumentaire.

Ce qui fait chuter le rendement sur un chantier réel

Ces valeurs de catalogue supposent un circuit dimensionné pour fonctionner à basse température et un appareil ajusté aux besoins du logement. Deux écarts suffisent à perdre un point de COP.

La température de départ d’eau, premier facteur de perte

Une pompe à chaleur consomme d’autant plus qu’elle doit franchir un écart de température important entre l’air extérieur et l’eau du circuit. C’est le principe même du cycle thermodynamique : plus le compresseur élève la pression, plus il absorbe d’électricité.

L’ordre de grandeur retenu par les constructeurs est d’environ 2,5 % de COP perdu par degré de départ d’eau supplémentaire. Concrètement, un modèle annoncé à COP 4,5 pour un départ à 35 °C (plancher chauffant) tombe autour de 3 à 3,2 à 55 °C sur des radiateurs anciens. Les fiches techniques donnent d’ailleurs deux séries de valeurs, 35 °C et 55 °C : comparez toujours celle qui correspond à vos émetteurs réels, pas l’autre.

D’où l’intérêt de vérifier, avant tout devis, si les radiateurs en place peuvent tenir la maison à 45 °C plutôt qu’à 60 °C. Remplacer deux ou trois radiateurs sous-dimensionnés coûte souvent moins cher que la surconsommation cumulée sur quinze ans.

Un appareil trop puissant consomme davantage

Une PAC surdimensionnée atteint sa consigne trop vite, s’arrête, redémarre. Ces cycles courts dégradent le rendement saisonnier de 10 à 20 % selon les mesures de terrain, et fatiguent le compresseur. Un modèle Inverter module, mais rarement en dessous de 25 à 30 % de sa puissance nominale.

Exigez donc une note de calcul de déperditions, pas une puissance déduite de la surface habitable.

Du SCOP à la facture : combien vous consommez, combien ça coûte

Le calcul tient en une division. Vous prenez le besoin de chauffage annuel du logement en kWh, vous le divisez par le SCOP, et vous obtenez la consommation électrique de la pompe à chaleur. Pour une maison de 120 m² correctement isolée qui demande 12 000 kWh de chaleur par an, un SCOP de 3,5 donne environ 3 430 kWh d’électricité, soit près de 690 € au tarif réglementé de 0,20 €/kWh.

Cette estimation reste optimiste. Le SCOP est mesuré en laboratoire selon un profil climatique normalisé, l’eau chaude sanitaire n’y figure pas, et le comportement réel de la régulation fait souvent perdre 10 à 20 % par rapport à l’annonce. Retenez une fourchette plutôt qu’un chiffre.

Prix d’une pompe à chaleur air-eau posée

Comptez 10 000 à 18 000 € TTC posé pour un modèle de 8 à 12 kW, matériel et main-d’œuvre compris. Le bas de la fourchette correspond à une unité monobloc raccordée sur un circuit de chauffage existant en bon état. Le haut correspond à une bibloc avec ballon d’eau chaude intégré, dépose de chaudière fioul et reprise du réseau hydraulique.

Les postes qui font bouger le devis : la puissance, la présence ou non d’un ballon, la longueur de liaison frigorifique, et le remplacement éventuel de radiateurs inadaptés à une eau à 45 °C.

Vérifier les performances annoncées dans un devis

Un COP affiché sans ses conditions de mesure ne veut rien dire. Exigez la mention complète : température d’air extérieur et température de départ d’eau, par exemple A7/W35 ou A-7/W55. Si le devis annonce « COP 5 » tout court, demandez la fiche technique du modèle exact, référence commerciale comprise, et vérifiez la ligne correspondant à votre régime d’eau réel.

Le deuxième point de contrôle est la note de dimensionnement. L’installateur doit pouvoir justifier la puissance retenue par un calcul de déperditions du logement, pas par une règle de trois sur la surface. Demandez aussi la température de départ d’eau prévue au dimensionnement, et confrontez-la à vos émetteurs existants : des radiateurs en fonte conçus pour 70 °C ne fonctionneront pas au même rendement qu’un plancher chauffant à 35 °C.

Sur la forme, exigez un devis détaillé poste par poste : matériel, main-d’œuvre, déplacement, prix unitaires. La loi du 18 juin 2014 oblige par ailleurs le professionnel à mentionner son assurance de responsabilité décennale, avec le nom de l’assureur et la couverture géographique du contrat. Un devis qui reste évasif sur ces trois points (conditions de mesure, dimensionnement, mentions légales) se compare mal à un autre, et se conteste mal en cas de sous-performance.

Commencez par relever la température de départ dont votre circuit a besoin par grand froid : soit vous la lisez sur la chaudière existante après une journée à moins de 5 °C, soit vous la faites calculer radiateur par radiateur. C’est ce chiffre, plus que la marque de l’appareil, qui décidera du SCOP réel. Demandez ensuite à chaque installateur le SCOP et le ηs de la machine proposée au régime correspondant (35, 45 ou 55 °C), et non la valeur la plus flatteuse de la documentation. Attendez-vous à ce que certains ne sachent pas répondre ou renvoient une fiche générique : c’est en soi une information sur le sérieux du dimensionnement, et un devis accompagné d’une note de calcul des déperditions se distingue vite des autres.

Questions fréquentes

Est-ce qu’une pompe à chaleur air-eau fonctionne encore quand il fait -10 °C dehors ?

Oui, mais avec un rendement très dégradé. À -10 °C, la plupart des machines tournent autour d’un COP de 1,8 à 2,2, contre 4 ou plus par 7 °C. Certains modèles basse température s’arrêtent avant et laissent la main à l’appoint électrique intégré, dont le rendement est de 1 pour 1.

Ce n’est pas rédhibitoire : ces températures ne représentent que quelques dizaines d’heures par an en plaine. En zone de montagne, la question mérite un calcul sérieux avant d’écarter tout autre système.

Faut-il obligatoirement changer ses radiateurs pour installer une PAC air-eau ?

Pas systématiquement. Des radiateurs en fonte anciens, souvent surdimensionnés à l’origine, acceptent parfois un régime à 50 ou 55 °C sans perte de confort. Les panneaux acier récents, dimensionnés au plus juste pour 70 °C, sont les plus problématiques.

Le test est simple et gratuit : en plein hiver, baissez la température de départ de votre chaudière à 55 °C pendant deux jours et vérifiez si le logement tient. S’il tient, vos émetteurs conviennent.

Le rendement d’une PAC air-eau baisse-t-il avec les années ?

Modérément, si l’entretien suit. La perte réelle vient surtout de l’encrassement de l’échangeur extérieur et des micro-fuites de fluide frigorigène : quelques pourcents de charge en moins suffisent à faire chuter le COP de 5 à 10 %. Un contrôle d’étanchéité tous les deux ans limite la dérive.

Le contrôle périodique est d’ailleurs obligatoire pour les appareils de 4 à 70 kW, tous les deux ans, selon le décret n° 2020-912.

Produire l’eau chaude sanitaire avec la PAC, ça fait chuter le rendement ?

Oui, nettement. L’eau chaude sanitaire exige un départ à 55 ou 60 °C toute l’année, y compris l’été, alors que le chauffage tourne à 35 ou 45 °C. Sur ce poste, le COP tombe généralement entre 2 et 2,8.

Sur une fiche technique, le SCOP affiché ne concerne que le chauffage. Le rendement eau chaude apparaît séparément, sous la forme d’une classe énergétique et d’un profil de soutirage (M, L, XL). Regardez les deux.

Une géothermie a-t-elle un bien meilleur rendement qu’une air-eau ?

Oui, avec un écart réel de l’ordre de 1 à 1,5 point de SCOP : 4,5 à 5,5 pour une eau glycolée/eau bien posée, contre 3 à 4,5 pour une air-eau. La source froide est stable toute l’année, donc les pointes de froid n’écroulent pas la performance.

Le surcoût reste élevé : forage ou capteurs horizontaux, étude de sol, terrassement. Compter 15 000 à 38 000 € contre 10 000 à 18 000 € pour une air-eau. L’écart se rentabilise surtout sur des besoins de chauffage importants.

Julien Morel

Rédaction Questions Travaux

Julien Morel est le nom de plume de la rédaction de Questions Travaux. Nos guides s’appuient sur les textes officiels (Anah, service-public.fr, Légifrance, ADEME) et les règles de l’art. Les prix cités sont des ordres de grandeur, jamais un devis.

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