Économie d'énergie

Rendement d'une pompe à chaleur air-eau : COP, SCOP, prix

Sur le devis posé devant vous, l’installateur a écrit « COP 4,8 ». Le voisin, lui, se plaint que sa pompe à chaleur consomme bien plus que prévu en janvier. Les deux affirmations…

Rendement d'une pompe à chaleur air-eau : COP, SCOP, prix

Sur le devis posé devant vous, l’installateur a écrit « COP 4,8 ». Le voisin, lui, se plaint que sa pompe à chaleur consomme bien plus que prévu en janvier. Les deux affirmations peuvent être exactes en même temps : le chiffre du catalogue est mesuré à 7 °C extérieurs et 35 °C de départ d’eau, conditions qui ne correspondent ni à un matin de gel, ni à une installation raccordée sur des radiateurs en fonte.

Comprendre l’écart entre le COP nominal, le SCOP saisonnier et la consommation réelle change la manière de lire une proposition commerciale. Vous saurez quel indicateur exiger, quelle température de départ vérifier avant de signer, et quels postes doivent apparaître au devis pour que le prix annoncé soit celui que vous paierez.

  1. COP, SCOP, ETAS : que mesure-t-on exactement ?
  2. Quels rendements attendre selon la température de départ
  3. Les seuils réglementaires à connaître avant de signer
  4. Combien coûte une pompe à chaleur air-eau, poste par poste
  5. Quelle économie d’énergie espérer, et sous quelles conditions
  6. Comment préserver le rendement dans le temps

COP, SCOP, ETAS : que mesure-t-on exactement ?

Trois sigles figurent sur les documentations, et ils ne disent pas la même chose. Confondre les deux premiers suffit à surestimer d’un tiers la performance réelle d’une installation.

Le COP est une photo, le SCOP un film

Le COP (coefficient de performance) est le rapport entre la chaleur restituée et l’électricité consommée, mesuré à un instant donné, dans des conditions précises. Un COP de 4 signifie 4 kWh de chaleur pour 1 kWh consommé.

Le SCOP est saisonnier : il pondère plusieurs points de fonctionnement sur une saison de chauffe type, définie par la norme EN 14825. C’est lui qu’il faut lire. L’ETAS (ηs), l’efficacité énergétique saisonnière exprimée en pourcentage, en dérive et conditionne l’éligibilité aux aides.

Les conditions d’essai qui changent tout (A7/W35, A-7/W55)

La notation A/W indique la température d’air extérieur et celle de l’eau de départ. En A7/W35, air à 7 °C et départ à 35 °C, une machine correcte affiche un COP de 4,5 à 5. Le même appareil en A-7/W55 tombe souvent sous 2. Vérifiez toujours à quel couple se rapporte le chiffre annoncé sur un devis.

Quels rendements attendre selon la température de départ

Le compresseur travaille contre un écart de température. Plus l’eau du circuit doit être chaude par rapport à l’air extérieur, plus il consomme. C’est ce qu’on appelle l’élévation, et elle commande le rendement bien plus que la marque de l’appareil.

Plancher chauffant, radiateurs basse température, radiateurs fonte

Sur un plancher chauffant alimenté à 30 ou 35 °C, une machine correcte affiche un SCOP de 4 à 5. Avec des radiateurs basse température dimensionnés pour 45 à 50 °C, comptez plutôt 3,3 à 4. Sur des radiateurs fonte conservés en l’état, qui réclament 60 à 65 °C par grand froid, le SCOP tombe souvent entre 2,5 et 3.

L’ordre de grandeur retenu par les bureaux d’études : chaque tranche de 5 °C gagnée sur la température de départ améliore le COP d’environ 10 %. Abaisser la loi d’eau d’un chauffagiste coûte quelques minutes, et vaut souvent mieux qu’un modèle plus cher.

Ce que fait le froid : dégivrage et appoint électrique

Entre 0 et 5 °C avec de l’humidité, l’échangeur extérieur givre. La machine inverse alors son cycle pour le dégivrer, ce qui puise de la chaleur dans le circuit. Ces cycles reviennent toutes les 30 à 60 minutes et pèsent sur le rendement saisonnier.

En dessous d’un certain seuil, la résistance d’appoint prend le relais, à un COP de 1. Sa part réelle sur la saison reste mal mesurée sans compteur dédié.

Les seuils réglementaires à connaître avant de signer

Ces écarts de performance ne sont pas laissés à l’appréciation du fabricant : ils sont mesurés selon des protocoles imposés, et certains niveaux conditionnent l’accès aux aides.

ETAS, étiquette énergétique et règlement (UE) 813/2013

Le règlement (UE) 813/2013 fixe l’écoconception des dispositifs de chauffage jusqu’à 400 kW. Depuis le 26 septembre 2017, une pompe à chaleur basse température doit afficher un ETAS d’au moins 100 %, les autres au moins 110 %. Un appareil sous ces seuils ne peut plus être mis sur le marché européen. L’étiquette énergétique, elle, relève du règlement (UE) 811/2013 : c’est elle qui porte la classe A+++ à D, calculée à partir du même ETAS.

Les niveaux de performance exigés par les aides publiques

Les dispositifs d’aide vont plus loin que le minimum réglementaire : on retrouve couramment un ETAS de 126 % en basse température et 111 % en moyenne ou haute température. L’installateur doit détenir la qualification RGE QualiPAC au moment de la signature, et la demande doit précéder l’engagement des travaux. Un devis signé trop tôt fait perdre l’aide. Vérifiez les seuils en vigueur auprès de France Rénov’ avant de vous engager : ils bougent en cours d’année.

Combien coûte une pompe à chaleur air-eau, poste par poste

Un ETAS élevé se paie, mais l’écart de prix entre deux machines de puissance comparable tient souvent moins à leur performance qu’au chantier hydraulique qui va avec.

Fourniture, pose, hydraulique : les fourchettes constatées

Pour une maison individuelle, comptez 10 000 à 18 000 € TTC posé en bi-bloc de 8 à 12 kW, raccordement sur circuit existant. Le monobloc descend souvent sous 12 000 €, la relève de chaudière ou le modèle haute température monte vers 20 000 €. Ces montants incluent l’unité extérieure, le module intérieur, la mise en service et la déclaration de fluide. Ils excluent presque toujours les émetteurs.

Les postes absents du devis qui reviennent en supplément

Vérifiez ligne par ligne la présence du désembouage du circuit (400 à 900 €), du ballon tampon ou de la bouteille de découplage si le volume d’eau est insuffisant, du support antivibratile et de l’évacuation des condensats hors gel. L’alimentation électrique dédiée avec protection différentielle relève de la NF C 15-100 et se chiffre entre 300 et 800 € selon la distance au tableau.

Un acompte supérieur à 30 % à la signature n’a rien de standard.

Quelle économie d’énergie espérer, et sous quelles conditions

Un SCOP de 3,5 ne dit rien de votre facture tant que vous ne le confrontez pas à vos relevés et au prix des deux énergies concernées. Le calcul tient en trois lignes.

Le calcul à faire avec vos propres consommations

Prenez votre consommation annuelle de chauffage, en kWh PCS pour le gaz (figure sur la facture) ou en litres pour le fioul, à raison d’environ 10 kWh par litre. Multipliez par le rendement de la chaudière remplacée : 0,85 pour une chaudière gaz standard, 0,95 pour une condensation bien réglée. Vous obtenez le besoin utile du logement. Divisez-le par le SCOP annoncé, puis multipliez par le prix du kWh électrique que vous payez réellement, abonnement compris.

Sur 18 000 kWh de gaz à 0,12 €/kWh, soit 2 160 €, le besoin utile avoisine 15 300 kWh. Avec un SCOP de 3,5, la pompe à chaleur consomme environ 4 370 kWh, soit 880 € à 0,20 €/kWh. L’écart paraît net. Il suppose que le SCOP réel tienne, et que les deux prix ne divergent pas.

Les cas où le gain est faible ou nul

Sur un circuit de radiateurs fonte à 65 °C dans une maison peu isolée, le SCOP réel descend souvent vers 2,5. Le calcul ci-dessus donne alors 6 100 kWh électriques, soit 1 220 € : l’économie d’énergie existe encore, mais elle ne rembourse plus l’investissement dans un délai raisonnable. Si l’appoint électrique se déclenche plusieurs semaines par hiver, le résultat se dégrade davantage. Remplacer une chaudière à condensation récente relève rarement du calcul économique. Seule une étude thermique du logement chiffre votre cas.

Comment préserver le rendement dans le temps

Dimensionnement et loi d’eau : les deux réglages décisifs

Une machine trop puissante ne consomme pas moins : elle démarre, atteint la consigne en quelques minutes, s’arrête, redémarre. Ces cycles courts multiplient les phases transitoires, celles où le compresseur travaille sans encore produire de chaleur utile. Le SCOP réel s’en ressent, sans qu’aucun compteur ne vous prévienne.

La loi d’eau corrige le second travers. Elle fait varier la température de départ selon la température extérieure, au lieu de la maintenir à 45 °C toute la saison. Demandez à l’installateur la courbe qu’il a paramétrée, puis descendez-la par paliers de 2 °C tant que le confort tient. Chaque degré gagné compte.

Entretien obligatoire et contrôle du circuit frigorifique

Le décret n° 2020-912 impose une visite d’entretien tous les deux ans pour les systèmes thermodynamiques de 4 à 70 kW. Comptez 150 à 250 € par passage.

S’ajoute le contrôle d’étanchéité prévu par le règlement F-Gas (UE) n° 517/2014, annuel dès 5 tonnes équivalent CO2 de fluide, réalisé par un opérateur titulaire d’une attestation de capacité.

Commencez par faire relever la température de départ actuelle de votre chaudière un jour de froid, puis demandez à deux installateurs distincts une note de dimensionnement basée sur une déperdition calculée, pas sur les mètres carrés. Un professionnel sérieux vous demandera l’année de construction, la nature des murs, la surface des émetteurs pièce par pièce, et repartira avec ces données avant de chiffrer quoi que ce soit ; celui qui annonce une puissance au téléphone vous fera perdre de l’argent. Attendez-vous à des devis qui varient de plusieurs milliers d’euros pour la même maison, souvent parce que l’un intègre le remplacement de trois radiateurs et l’équilibrage du réseau et l’autre non : c’est cette ligne-là qu’il faut comparer, pas le prix de la machine. Vérifiez la qualification RGE en cours de validité sur l’annuaire officiel avant de signer, et faites confirmer les montants d’aide auprès d’un conseiller France Rénov’ le mois où vous engagez les travaux, car les barèmes bougent. Comptez deux à trois mois entre le premier rendez-vous et la mise en service, davantage si vous passez par MaPrimeRénov’ parcours accompagné.

Questions fréquentes

Une pompe à chaleur air-eau, ça fait quel bruit pour les voisins ?

L’unité extérieure émet généralement entre 45 et 55 dB(A) à un mètre, davantage en phase de dégivrage. La réglementation ne fixe pas un niveau absolu mais une émergence sonore maximale chez le voisin : 5 dB(A) le jour, 3 dB(A) la nuit (articles R.1336-4 et suivants du code de la santé publique).

En pratique, éloignez l’unité des limites de propriété et des fenêtres de chambre, évitez les angles de murs qui renvoient le son, et posez-la sur plots antivibratiles plutôt que directement sur une dalle rigide.

Que se passe-t-il quand il fait -10 °C dehors ?

La machine continue de fonctionner, mais son COP chute nettement, souvent autour de 2 voire moins. La puissance disponible baisse elle aussi, au moment précis où le besoin est maximal. C’est pour cela que le dimensionnement se fait sur la température de base de votre commune (de -2 à -15 °C selon la zone).

La plupart des installations comportent un appoint électrique intégré qui prend le relais quelques jours par an. Vérifiez sur le devis sa puissance et le seuil de déclenchement : un appoint sollicité trop tôt fait grimper la facture d’hiver.

Puis-je garder mes radiateurs en fonte existants ?

Souvent oui, mais il faut le vérifier avant de signer. Faites un test simple en hiver : réglez votre chaudière actuelle à 55 °C de départ pendant quelques jours de froid. Si le logement reste confortable, une pompe à chaleur classique conviendra.

Si la maison ne chauffe plus, deux options : isoler davantage, ou remplacer les émetteurs les plus faibles pièce par pièce. Une machine dite haute température (65 à 70 °C) existe, mais son SCOP est plus bas et sa consommation plus élevée.

Monobloc ou bibloc, qu’est-ce qui change concrètement ?

Sur un monobloc, le circuit frigorifique reste entièrement dans l’unité extérieure : seule de l’eau circule vers la maison. La pose est plus simple et ne réclame pas d’attestation de capacité à manipuler les fluides frigorigènes. Le revers : le circuit d’eau extérieur peut geler en cas de coupure prolongée, d’où l’ajout d’antigel ou d’une protection hors gel.

Le bibloc sépare compresseur et module hydraulique, avec des liaisons frigorifiques à braser sur place. Le travail exige un installateur réellement formé.

Est-ce qu’elle peut rafraîchir la maison l’été ?

Seulement si le modèle est réversible et si vos émetteurs le permettent. Un plancher chauffant peut diffuser de l’eau à 18 ou 20 °C et faire baisser la température ressentie de 2 à 3 °C. Ce n’est pas une climatisation : la puissance est faible et la descente lente.

Attention à la condensation. Sans régulation qui surveille le point de rosée, le sol peut devenir humide. Les radiateurs classiques, eux, ne rafraîchissent pas.

La rédaction

Rédaction spécialisée en rénovation et performance énergétique

Questions Travaux publie des guides pratiques sur la rénovation, l’isolation, le chauffage, la menuiserie et l’aménagement depuis 2013. Les contenus sont rédigés à partir des textes réglementaires en vigueur, des documents techniques unifiés (DTU) et des publications des organismes publics du secteur : ADEME, France Rénov’, Agence Qualité Construction, CSTB. Les fourchettes de prix citées sont des ordres de grandeur constatés sur le marché, destinés à situer un devis, jamais à s’y substituer.